“J’me baladais, sur l’avenue, le coeur ouvert à l’inconnu. J’avais envie de dire bonjour à n’importe qui. N’importe qui, et ce fut toi, et je t’ai dis n’importe quoi. Il suffisait de te parler pour t’apprivoiser…”

Cette chanson parle en réalité d’un SDF qui erre dans les rues de Paris dans l’espoir de récolter quelques pièces ou des tickets restaurants. Triste vérité.
Etudiants fraîchement débarqués à Paris pour la rentrée 2012 ou Parisiens depuis votre tendre enfance, je m’adresse à vous. Cet article a été rédigé dans un but purement distractif, ludique et non lucratif : si mes propos ont le malheur de vous offenser, ne vous laissez pas emporter. Je ne fais qu’exposer mon point de vue, quoiqu’il en soit, sachez que je ne vous veux pas de mal. Alors restez tranquilles et tout va bien se passer.
En ce beau jour (de pluie), j’ai décidé de vous parler de ce curieux contraste que j’ai observé entre cette vision idyllique de la ville de Paris et de sa réalité, perçu par un touriste et un parisien “pur et dur”. Je vais dévoiler au grand jour ce secret si longtemps enfoui dans les clichés les plus éculés de l’univers : Paris n’est pas une ville où il pleut des fleurs et des licornes. Paris n’est pas peuplé de bisounours. Paris n’a pas constamment comme musique de fond La vie en rose. Non, il y a juste des pigeons.

I Love Paris – ces fameux t-shirts que arborent ces dégoûtants touristes déambulant fièrement dans la ville, le coeur heureux et plein d’émoi, sourires niais et hébétés jusqu’aux oreilles se croyant dans An American in Paris (comédie musicale de 1951). Ils respirent la joie et l’allégresse, dansent et batifolent dans l’herbe, (l’officielle pelouse interdite du jardin du Luxembourg) et s’émerveillent devant la Tour Eiffel qui clignote. Appareils photo au cou, sac bananes autour de la taille, petite casquette et bien sur la panoplie complète des accessoires Tour Eiffel dont dix milliards de porte clefs, des cartes postales, des broches, des t-shirts… Ils sont contents, ils sont mignons, se perdent dans le méandre des lignes de métro et se mettent toujours du côté gauche de l’ascenseur. Il ne faut pas leur en vouloir (non en vrai j’aime bien les touristes). Ils ont – comme tout individu n’ayant jamais mis les pieds à Paris – idéalisé le rêve parisien, une vision de carte postale, romanesque et poétique. Qui n’a jamais entendu parler de cet affreux cliché comme quoi Paris est la ville de l’amour. Donnez un crayon à un étranger et dites lui de vous dessiner un parisien. Le béret, la marinière, la moustache, le verre de vin rouge et une baguette de pain est l’officiel portrait robot international du parisien. Hélas, pour paraphraser notre chère Lady D, life in Paris isn’t all it’s cracked up to be (paraphrase intelligente!).
I Love Rien I am Parisien – Putain ça me saoule! J’ai froid, j’ai chaud. Dégage sale pigeon galeux et porteur de maladies. Y’a pas de taxis dans cette ville de merde? Perturbations sur la ligne de RER B, ces fils de ****. Poussez-vous, oh! Pardon, pardon. Un café s’il vous plaît, décaf, non fat, sans sucre, sans lait, sans café. Non désolé c’est ma dernière clope, et non désolé j’ai pas de petites pièces sur moi. C’est trop reeeeeuch! Le mètre carré, les cafés… Quoi?! Ils ont encore augmenté le prix des clopes?! J’ai validé mon ticket de transport, et vous? Et moi, moi je vous emmerde. Merciaurevoirbonnejournée. Quand tu te lèves pour prendre le métro à 6h30 du matin, c’est comme si tout ce cliché du rêve parisien te foutait une grosse claque dans la gueule. Se dissipe alors cette image du coucher de soleil romantique sur la Seine, laissant place à un grand ciel gris, (car il fait encore nuit) et des pigeons. Encore des pigeons. « Qui échange 1 sourire voyage avec plaisir », une campagne de com’ de la RATP. Levez la tête une minute et peut-être que l’occasion d’esquisser un sourire se présentera un jour?
Je peux paraître un peu cynique (beaucoup, même), mais en fait j’adore Paris. Je n’y ai pas toujours vécu mais j’y ai passé une grande partie de ma vie. C’est ça qui rend mon discours crédible : j’ai habité à Paris mais j’ai aussi été ailleurs. Et je peux vous assurer que pas tout le monde en a la même vision. Et d’où viennent ces stéréotypes, ces stigmatisations… allez savoir. Cette cinégie pittoresque, ces images véhiculées par tous ces films et romans, on finit par se demander si cette ville n’existe pas que dans notre imagination.


Malgré tout Paris est une ville magnifique. Même Paris de la vraie vie. Je sais que c’est contradictoire après tout ce que je viens de dire, mais il faut savoir que le Parisien est un être de contradictions. Il déteste tout, mais ne peut pas supporter l’idée de quitter Paris. En vrai, Paris, tout le monde se l’approprie à sa manière. Les balades romantiques de minuit sur les quais de Seine, se transforme facilement en beuverie entre potes le samedi soir. (petite parenthèse : si vous n’avez pas encore vu l’incontournable Midnight in Paris, je vous le conseille. On y reviendra plus tard.)
Oui, un jour, toi aussi, petit parisien blasé, tu te surprendras à la vitre du métro de la ligne 6 qui passe devant la tour Eiffel, à rêvasser. Parmi tous ces regards vitreux et fatigués, tes yeux brilleront du même feu que celui de la Tour Eiffel la nuit. Cesseras-tu alors de râler, de tout détester, et réaliser enfin à quel point tu es chanceux d’habiter dans une aussi belle ville. Et voilà que retentit la sirène du métro, un gros te bouscule, tu veux lui péter les dents. Et cette voix insuportable de la dame qui recommande aux passagers de faire attention à la marche en descendant du train. Bon aller arrête de faire la gueule, regarde autour de toi et tu verras que Paris c’est une ville de ouf. Alors finalement on se dit que ces touristes ont peut-être raison. Quel dommage de presser le pas alors que tu passes devant des trucs super cools… comme la Tour Eiffel, l’Arc de triomphe, le musée du Louvre, le Palais Royal, le Pont du Garigliano😉

Paris, cet océan de possibilités qui s’offre à nous à chaque coin de rue, ses quais et ses bâteaux mouches, sa vie nocturne, ses petits bars, sa folie, sa mixité…  

Et un tas d’autres clichés dégoulinants. Open your eyes and see for yourself😉

Mai Linh