Vous avez déjà assisté à un cours de bureautique sur un champ de bataille normand vous ? Nous, oui. Il faut bien l’avouer, depuis le début du mois de septembre l’IUT Paris Descartes ressemble à un bunker de la seconde guerre mondiale avec un trou d’obus au milieu.

La face cachée de l’IUT Paris Descartes

C’est donc au fond du gouffre, sans mauvais jeux de mots, que la rédaction s’est décidée à demander des comptes. Pour toi, Cartésien résigné, nous sommes allés interviewer Guillaume Bordry, le directeur de notre IUT.

Quand cessera ce combat quotidien contre les marteaux piqueurs ? Pourra-t-on un jour ne plus avoir à choisir entre la chaleur étouffante d’une salle de classe et le grincement de la scie à métaux ? Finalement est ce que tout ça vaut bien la peine de gagner 40 ans sur la pose d’une prothèse auditive ?

La réponse à toutes vos questions et bien plus encore dans cette interview exclusive :

« A quelle date les travaux seront-ils terminés ?

Normalement ils seront terminés en août, les amphis seront donc opérationnels pour le 15 septembre prochain. Ils devraient être prêts depuis l’année dernière, mais il y a eu toute une série d’imprévus. On a exactement un an de retard par rapport à la date de livraison initiale.

Quels étaient ces empêchements ?

Rappelez-moi le degré de diffusion de votre papier ? [rires]

La première chose c’est que nous avons un architecte très imaginatif et excellent dans la phase de projet, mais vraisemblablement moins à l’aise dans la phase de construction.

Récemment il a remporté un concours d’architecture organisé par la ville de Paris. Son projet était de construire un toboggan géant pour relier les deux rives de la Seine. Il a fait l’objet d’un article dans le Figaro.

Le projet très « gonflé » du cabinet d’architecture parisien AZC. (photo : Le Figaro – Léna Lutaud).

C’est une bonne chose qu’il soit créatif mais il doit à présent être derrière les ouvriers avec les entreprises pour faire avancer les travaux.

Ensuite il faut dire que pendant toute l’année dernière il n’y avait plus personne pour piloter le service patrimoine et logistique de l’IUT. Depuis le 1er septembre une nouvelle personne est arrivée.

Et puis il y a les contraintes du lieu. C’est particulièrement compliqué de construire dans un zone aussi occupée que notre IUT pendant l’année universitaire : les passages d’étudiants, les voitures en dessous du chantier, sans parler de l’entrée du parking qui ne permet pas de faire passer de gros camions.

Vous parliez de plusieurs amphis tout à l’heure…

Il y aura 2 amphithéâtres de 200 placesdes salles de cours et des bureaux en plus. L’ensemble de l’architecture sera en bois et en verre. Tout en étant respectueux des normes environnementales on aura donc un bel ensemble, même si il sera différent du reste de l’IUT. Les chaises ne seront pas fixées au sol pour que les amphis soient parfaitement modulables.

Vous ne le savez pas encore, mais dans 1 ans la note environnementale de votre IUT aura grimpé de quelques points (Photo : ATELIER ZÜNDEL CRISTEA)

Pour information, les anciens amphis étaient des préfabriqués : chaises vétustes, chauffage défaillant et j’en passe.

Par qui est financé la construction des amphis ?

L’IUT a reçu une subvention de 3 millions d’eurode la part de la ville de Paris. Elle couvre une grande partie du budget mais il y a quand même un surcoût d’environ 800 000 euros qui restent aux frais de l’IUT. C’est pour cela que des ressources ont été dégagées, notamment grâce à la taxe d’apprentissage.

Les amphis seront-ils destinés à tous les étudiants de l’IUT ou à des filières en particulier ?

Comme avant, tous les étudiants y auront accès. Pour les petites promos comme Info-com, les cours auront toujours lieux dans des salle de classe. Par contre les cours communs aux différentes filières : PUB, MELI, COM, pourront se dérouler dans les amphis.

Les promos plus importantes comme GEA, TC et informatique, auront un accès plus régulier aux amphis. Cela permettra enfin d’arrêter les allers-retours jusqu’à l’école de médecine et la multidiffusion.

La mutli…?

La multidiffusion. Vous vous asseyez dans une salle et vous regardez un prof faire son cours via un vidéoprojecteur. Ce système a été appliqué en TC et en GEA. Il a été mis au point par la cellule informatique de notre IUT.

Donc les amphis permettront d’améliorer les conditions de travail de tous les étudiants ?

Voilà. Mon regret c’est que les deuxièmes années ne pourront pas en bénéficier. C’est pourquoi nous aimerions organiser une remise de diplôme dans les nouveaux amphis. Cela leurs permettrait de voir au moins une fois à quoi ils ressemblent. En revanche vous pouvez dire aux premières années que ça vaut le coup de devenir sourd [rires].

On ne peut pas le nier : sur le papier ça en jette (photo : ATELIER ZÜNDEL CRISTEA)

On parlait des conditions de travail mais qu’en est-il des conditions de vie ? Est ce qu’il sera possible de manger dans les amphis par exemple ?

Je n’en suis pas certain [rires]. Mais vous savez, le fait que vous me posiez cette question soulève un vrai problème : vous manquez de place dans l’IUT.

Il y a 10 ans on était 1000 de moins mais depuis quelques années nous avons ouvert une dizaine de licences professionnelles. Sans compter que les formations professionnalisantes à BAC+2, donc le DUT, sont très demandées. Tout cela fait que nous nous retrouvons avec un nombre d’étudiants beaucoup plus important dans des locaux qui n’ont pas changé depuis plusieurs années.

Pour le moment je ne vous promets rien mais si on arrive a désaturer les 2 bâtiments on pourra peut être vous dégager un autre lieu de vie. Un espace pour centraliser les BDE par exemple… D’ailleurs pour l’anecdote, vous savez ce qu’il y avait à la place de la scolarité avant ?

Non

C’était un bar étudiant, tenu par des étudiants ! A cette époque l’IUT était un fumoir géant. Les étudiants venaient là pour faire une pause entre les cours ou boire un verre à la fin de la journée.

Est-ce qu’il y a d’autres projets en cours pour cette année ?

Oui tout à fait. Nous avons dégagé pour le budget 2013, 300 000 euros pour rénover les salles. Nous commencerons parles locaux en mauvais état, comme certaines salles du département carrières sociales. Bien sûr il y a des choses qu’on ne peut pas changer, le manque de lumière du jour dans les couloirs par exemple.

Par ailleurs, dès le retour des vacances de Noël il y aura une remise à niveau de tout le mobilier chaises et tables, dans le bâtiment Blériot.

En dehors de ça le manque de place reste un problème pour moi. Malheureusement je n’ai pas de solution pour le moment. Si il y a des étudiants qui ont des idées, qu’ils n’hésitent pas à nous en faire part.

Justement comment procédez-vous pour lancer de nouveaux projets ?

L’idée n’a jamais été évoquée mais on pourrait lancer des appels à projets.

Je sais qu’à une époque les Info-com animaient beaucoup la vie de l’IUT. Jean Pierre Marhuenda avait notamment piloté les 20 ans de l’IUT Paris Descartes. Il n’y avait pas le système actuel des BDE.

Quoi qu’il en soit, travailler sur l’inauguration des amphis avec les premières années me paraît tout à fait envisageable. Ce serait l’occasion de marquer le coup.

Pour finir, quel serait le mot d’ordre de votre direction ?

Conserver une structure à échelle humaine. Nous sommes dans un système énorme. Bientôt notre université regroupera 130 000 étudiants. Personnellement je crois aux petites structures car les gens sont bien encadrés et ils s’y retrouvent.

Nous avons à l’heure actuelle le plus important IUT de la région parisienne, c’est déjà beaucoup. Mon objectif est de conserver la taille humaine de notre structure. Au delà on perdra la relation avec les étudiants.

Merci beaucoup.

Merci à vous.”

Thomas