Pour vous donner une idée de ce que je vais pouvoir faire dans les lignes qui suivent, voici ce que j’écoute habituellement :

Voilà j’ai déjà perdu les 2/3 des lecteurs. Bref, tout ça pour vous dire que quand je m’attaque à B2O, j’rigole pas moi. Il veut du hardcore, on va donner dans le hardcore.

Je m’adresse à vous petits bobos ayant redécouvert le hip-hop avec les derniers sons de Tyler The Creator ou encore parce que Projet X « il a une B.O louuuuuuuuurde » et que « The Next Episode » de Dre & Snoop elle est trop « daaaaaar’ ». En gros, vous êtes de fins connaisseurs du monde du rap aujourd’hui. Parmi vous il y en a qui kiffe le rap conscient genre Médine, Youssoupha et dans une moindre mesure Orelsan. D’autre c’est le coté ricain d’la chose qui vous excite. Grosses instrus, grosses voitures, gros seins. Eh bien, notre petit ourson verse plutôt dans la deuxième phase. Ne cherchez pas une seule dose de sentiment ou de revendication dans « Futur ». Les bails sont posés, B2O n’est pas là pour prouver quoique ce soit.

Cet album c’est 1h d’egotrip. Cette pratique tellement répandue dans le rap. Tout un art. Résultat, Booba est typiquement le mec qu’on adore détester. Sauf que le mec a deux, voir trois longueurs d’avances sur les rappeurs çé-fran d’aujourd’hui. Et c’est bien parce que je suis plutôt étranger au milieu que j’avance cette punchline. Il faut juste capter que notre ami venant des quartiers chauds de Pont de Sèvres (areummh…) veut être numéro 1(0), sait qu’il est numéro 1 et sait qu’il le sera encore longtemps. Son concurrent le plus sérieux ? La Fouine qui vient de taper le feat. trop hardcore avec… avec… avec… Patrick Brueeeeeeeeeeel. Trop vénère le mec.

Bref, aujourd’hui le rap français se divise en 3 scènes majeures pas forcément en rapport les unes avec les autres. D’un coté, Booba qui fait dans l’argent sale, les meufs, les voitures et les feat. avec Rick Ross. D’un autre coté, les rappeurs plus instruits que ta mère qui te font des dissertes sur le Coran ou encore sur le malaise de la jeunesse moyenne française (si toi aussi « Etoiles Invisibles » d’Orelsan est une référence « Passe ta chatte au rouleau »). Et enfin, la troisième scène qui tente à verser du coté de Saddam des Hauts de Seine mais qui se fourvoie complétement en s’accoquinant avec le pire du mainstream français. Concrètement, si aujourd’hui on se retrouve avec des affiches géantes de Sinik dans le métro, c’est juste parce que le garçon mesure prêt de 2 mètres.

Sinon « Futur » musicalement ça nous dit quoi ? Album paradoxal. Les instrus sont tellement lourdes, la prod’ est tellement travaillée et dingue que le niveau des lyrics, on finit par s’en balancer. Hormis quelques OVNI, on a l’impression d’écouter 13 fois la même chanson certes. Mais quelques perles agrémentent le tout pour faire en sorte de mettre une claque à n’importe qui jetterait une oreille sur cet album. Amateur de hip-hop américain, le feat. avec 2 Chainz est une merveille. Booba élève le niveau et son confrère ricain explose le tout avec son couplet. Définitivement, Booba et 2 Chainz « C’est la vie » ! A coté de cette tuerie, Rick Ross fait pâle figure. Mais bon, c’est toujours mieux que Patrick Bruel me direz vous. Sinon, depuis Autopsie Vol.4, B2O a appris à se servir d’un vocodeur. Et paradoxalement, « Jimmy » et surtout « Tombé pour elle » sont les meilleurs textes de l’album. Bawai parce que notre ami tatoué quand il s’excite un peu, il réussit à pondre des classiques.

Pour finir je dirais que Booba n’égalera jamais « Panthéon » et c’est normal, car l’homme a changé de registre. Comment écrire « Si j’atteins l’argent ou l’bronze c’est que l’or m’aura échappé/ Alors j’serai de ceux qu’il faudra mettre en zonz’ » quand on est aujourd’hui le rappeur français numéro 1 et que son trône n’est pas prêt d’être attaqué ?

Nathan