IUT Time se penche sur les enjeux économiques du tournoi historique Roland Garros, ainsi que sur le projet de modernisation du stade.

Yan Kuszak, juge-arbitre adjoint du tournoi, est venu animer une conférence à l’IUT sur les enjeux économiques du tournoi, notamment à travers le projet d’agrandissement du stade. Il semble aujourd’hui indispensable que le stade préserve son âme tout en encourageant son évolution, afin de garantir la pérennité du tournoi légendaire et incontournable du tennis. « Le faire rentrer de plein pied dans le 21è siècle », résumait Yan.

Tournoi historique

1891. Premières éditions du championnat de France de tennis. Celui-ci se déroulait alors sur les courts du Racing Club de France, uniquement réservé aux joueurs licenciés dans des clubs français. Puis, en 1925, il devient les « Internationaux de France de tennis », tournoi communément appelé Roland Garros. Pour sa première édition, il se tenait sur les terrains du Stade français. Mais en 1927, les « Quatres Mousquetaires » du tennis français -Henri Cochet, Jean Borotra, René Lacoste, Jean Samazeuilh- remportent la Coupe Davis face aux Etats-Unis. Alors, en 1927, le stade Roland Garros était construit pour la revanche.

Le Stade français lègua un terrain, situé près de la Porte d’Auteuil, à la seule condition que celui-ci porte le nom d’un de ses membres. Emile Lesieur, Président du Stade français, choisit le nom de Roland Garros, pionnier de l’aviation, décédé dans un combat aérien lors de la première guerre mondiale et ancien camarade de promotion d’HEC.

Aujourd’hui, le tournoi fait partie des quatre tournois du Grand Chelem de tennis et est le seul à se dérouler sur une surface en terre battue. Organisé par la Fédération Française de Tennis (FFT), il se déroule sur deux semaines à Paris, dans le 16ème arrondissement.

Du 22 mai au 5 juin 2016, les plus grandes figures du tennis mondial ont fait trembler la terre battue de la Porte d’Auteuil pour tenter d’obtenir le précieux titre, détenu en simple par le suisse Stanislas Wawrinka et l’américaine Serena Williams. Cette année, les vainqueurs en simple percevront la modique somme de… 2 millions d’euros, pour une dotation globale du tournoi de 28 028 600 euros.

Dans les coulisses de Roland Garros

Rénové et entretenu régulièrement, le Stade Roland-Garros représente un énorme travail de préparation. Chaque année, les infrastructures sont embellies. « 1 an de travail est nécessaire pour les 15 jours de tournoi. Environ deux mois sont consacrés à l’espace de production audiovisuelle, dès le mois de mars pour 2500m2″, expliquait Yan Kuszak.

Médiatisation

Afin d’offrir aux amateurs du french open une retransmission de qualité, le stade est entièrement câblé (plus de 40km de câbles sont nécéssaires). « Le tournoi accueille 1312 journalistes qui couvrent l’événement, et les images sont relayées dans plus de 160 pays. Il est particulièrement suivi en Chine, au Brésil et en Inde, avec des opérations de promotion de Roland Garros dans certaines places de ces villes là ».

En 2015, ce sont 3,7 millions de téléspectateurs qui ont suivi la finale en direct, qui opposait le suisse Stanislas Wawrinka au serbe Novak Djokovic, le n°1 mondial.

Sur les réseaux sociaux, le tournoi a fait émerger 7,7 millions de tweets avec le hashtag #RG (représentant une hausse de 140% par rapport à 2014) et l’application My Roland Garros s’est vue téléchargée 1 187 338 fois.

Partenaires reconnus

Les partenaires du tournoi représentent une source de revenus non négligeable. « Il faut ainsi débourser 2 à 5 millions d’euros pour être le parrain officiel ». Cette casquette est actuellement détenue par le groupe BNP Paribas. On compte parmi les partenaires officiels Lacoste et Adidas, dont les tenues sont fièrement portées par les quelques 900 hôtes et hôtesses qui accueillent et placent les spectateurs. Emirates, Engie, Longines, FedEx, Perrier, IBM, Peugeot, et ses fournisseurs Babolat, Lagardère, Orange, Master Card, etc… viennent allonger la liste.

Fort impact économique et social

Les Internationaux de France constituent un véritable atout, autant pour le tennis français que pour le rayonnement du pays, à travers ses retombées économiques, des emplois et du rayonnement international qu’il génère.

Sport populaire ancré dans la culture française, le tennis est le deuxième sport le plus pratiqué après le football.
En parallèle, la pratique génère de l’emploi : le tennis professionnel est le second créateur d’emplois à 31%, juste derrière le tennis amateur avec 44% de l’ensemble. Cette activité génère au total près de 28 000 emplois qui accompagnent près d’1,1 million de licenciés (21% sur les 53% de pratiquants en Europe), et 3 millions de pratiquants non licenciés.

L’an dernier, le chiffre d’affaires généré par la compétition Roland Garros s’élevait à 167 millions d’euros et  le stade a accueilli 463 328 personnes. Il mobilisait un peu plus de 4500 personnes. Les 250 ramasseurs de balles ont ramassé les 66 000 balles utilisées ! Le tournoi du Grand chelem fait vivre environ 22 hôtels, et 900 entreprises clientes achètent des prestations VIP. Les produits dérivés du tournoi (tee-shirts, casquettes, etc…) sont une source de revenus pour le tournoi. « Une inauguration du village a lieu avec les partenaires et représentants de la fédération, qui disposent de loges pour accueillir les clients », confiait Yan. Aussi, les marques font reculer les sorties des produits pour que ces derniers soient mis en vente sur le marché en même temps que le tournoi, ou à des périodes plus ou moins rapprochées. L’an dernier, Rafael Nadal faisait ainsi la promotion de sa raquette officielle, la Babolat Play, connectée. Au total, ce sont un peu plus de 350 000 produits à l’effigie du tournoi qui sont vendus, avec notamment 45 000 portes-clés et 60 000 tee-shirts vendus en 2015.

Modernisation du stade : le projet

Essentielle pour garantir la pérennité du tournoi, la modernisation du stade Roland-Garros est au coeur des ambitions de la compétition. L’événement constitue une contribution avérée à travers une très large diffusion mondiale au rayonnement international de Paris et de la France. 

La compétition internationale est exacerbée : les trois autres tournois du grand chelem présentent des surfaces supérieures. Ainsi, l’Australia Open, l’US Open et Wimbledon disposent respectivement de 20, 18 et 17,7 hectares, tandis que Roland Garros n’en possède que 8,5. Le tournoi a aujourd’hui besoin de pouvoir offrir des conditions d’accueil et de confort optimales pour l’ensemble des populations ainsi que de se prémunir des aléas météo. Guy Forget, élu directeur du tournoi au mois de février 2016, est le porte-parole et promoteur de ce projet ambitieux.

Fort d’un site mythique et exceptionnel en accord avec l’histoire du tournoi, les travaux d’optimisation conservent sa personnalité et la beauté du stade face à la course au gigantisme : privilégier la qualité à la quantité.

Le court central

Le court Philippe Chatrier bénéficiera d’un réaménagement des tribunes pour un plus grand confort et une meilleure visibilité des spectateurs. Un nouveau matériel à la pointe de la technologie verra le jour, avec un toit rétractable, permettant de continuer le jeu en cas d’intempéries. Les tournois du grand chelemn disposent de cours couverts afin de faire face aux intempéries. « Mais à Roland Garros, s’il pleut trop, le match est interrompu  », rappelait le conférencier. Le problème s’est vu posé plusieurs fois depuis le début de cette 115ème édition : de nombreux matchs ont dû être interrompus et déplacés en raison des fortes pluies.

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Vue aérienne du court Philippe Chatrier, avec son toit rétractable. Crédit photo : FFT / 2013 / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés / ACD Girardet et Associés / Daniel Vaniche et Associés / Paysagistes : Equipe Corajoud / Perspectiviste : 3dfabrique

La place des Mousquetaires

Elle sera agrandie et réaménagée en une esplanade arborée de près d’un hectare. Hors-tournoi, celle-ci sera ouverte au public sur le modèle d’un square parisien, et offrira ainsi au quartier un nouvel espace de respiration.

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Vue du court Philippe-Chatrier et de la place des Mousquetaires. Crédit photo : FFT / 2013 / Architectes : ACD Girardet et Associés / Daniel Vaniche et Associés / Perspectiviste : 3dfabrique

Le court des serres

Le court n°1 supprimé pour agrandir la place des Mousquetaires, un nouveau court verra le jour dans la partie sud-est du jardin botanique des Serres d’Auteuil. Semi-enterré, il permettra de créer un monde végétal en relation avec le sport, avec une capacité de 5000 places. Ces serres vitrées, dont la construction est supervisée par l’architecte Marc Mimran, créeront un dialogue historique avec les serres adjacentes historiques de Jean-Camille Formigé, architecte du stade. En parfaite harmonie avec le jardin des serres d’Auteuil, elles proposeront l’exploration sur le thème des quatre continents. Ce projet fait partie du renouveau du jardin botanique de la Ville de Paris.

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Vue sur le nouveau court Serres d’Auteuil. Crédit photo : FFT / 2013 / Architecte : Marc Mimram / Perspectiviste : Cyrille Thomas

Bâtiment de l’organisation et village de Roland Garros

A deux pas du court central, un nouveau bâtiment offrira de nouveaux espaces consacrés aux relations publiques et à l’accueil (jardins suspendus, terrasse panoramique…). Enfin, des locaux et équipements (centre des médias équipé des dernières technologies) seront dédiés à l’organisation sportive et à la logistique de l’événement.

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Le village de Roland Garros. Crédit photo : FFT / 2013 / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés / ACD Girardet et associés Paysagistes : Equipe Corajoud Perspectiviste : 3dfabrique
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Le bâtiment de l’organisation (au fond). Crédit photo : FFT / 2013 / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés / ACD Girardet et associés / Paysagistes : Equipe Corajoud / Perspectiviste : 3dfabrique

Le Fonds des Princes

Enfin, c’est le Fonds des Princes qui sera réaménagé pour permettre la création d’une nouvelle zone de compétition. Agrandie, elle comprendra sept courts. L’espace bénéficiera d’une meilleure accessibilité, avec une large allée paysagère, et surtout une nouvelle entrée par l’avenue de la porte d’Auteuil.

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Vue aérienne du Fonds des Princes. Crédit photo : FFT / 2013 / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés / ACD Girardet et associés / Paysagistes : Equipe Corajoud / Perspectiviste : 3dfabrique

 

Ces aménagements devraient voir le jour vers 2019.
Côté finances, il faudra débourser 340 millions pour voir naître ce nouveau stade. La Ville de Paris donnera une subvention de 20 millions d’euros, tandis que les 320 millions restants résulteront d’un auto-financement par la FFT.

Découvrez le nouveau stade !

Focus sur Yan Kuszak
« Etre au service d’un événement »

« Je suis juge-arbitre international de tennis, ce qui est à différencier de juge ou d’arbitre. L’arbitre est la personne qui compte les points sur la grande chaise et dirige les matchs. Le juge-arbitre n’est pas sur le court, il dirige sportivement le tournoi avec notamment le tirage au sort des tableaux et la programmation des matchs. Je m’occupe donc de toute l’organisation sportive des tournois. Je veille au respect des règles et bon déroulement des épreuves ».

A Roland Garros, il est l’un des deux juges-arbitres adjoints. Il côtoie ainsi les 270 juges de ligne du tournoi la quarantaine d’arbitres de chaise. « Il y’a le côté magique du tournoi mais de l’autre, j’ai ma casquette d’événementiel sportif : gérer les imprévus avec la pluie qui arrive à l’horizon. C’est de la logistique sportive? »

Par ailleurs, il a été le chef des arbitres de tennis des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 et Londres en 2012. Le reste de l’année, il est juge-arbitre sur d’autres épreuves, comme pour la Coupe-Davis par exemple. Et depuis 2002, il est speaker officiel des équipes de France de coupe Davis et Fed Cup. « A la base, c’est un hobby, aujourd’hui devenu une réelle activité professionnelle. » Enfin, cet aguerri de tennis est conférencier pour des conventions d’entreprise.

Un grand merci à Yan Kuszak pour son intervention et sa disponibilité.

Marjorie Lebreton

Crédit photo de l’image à la Une : FFT / 2013 / Architectes : Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés / ACD Girardet et associés / Daniel Vaniche et Associés / Marc Mimram / Agence Michel Goutal Paysagistes : Equipe Corajoud / Perspectivistes : 3dfabrique