Dans le cadre du projet tuteuré d’élèves de seconde année de techniques de commercialisation, l’IUT de Paris Descartes a eu la chance d’accueillir, jeudi 21 janvier dernier, le célèbre ex-footballeur de l’équipe de France, Lilian Thuram.

La conférence a débuté avec une ambiance digne d’une soirée. Dès l’entrée, un bracelet aux couleurs du drapeau français est distribué aux étudiants.

Au moment d’entrer dans l’amphithéâtre, un sondage est proposé. La question : Quel est ton pays ?, dont le résultat a été révélé plus tard, dans le cadre du débat.  La conférence commence avec des vidéos de Kévin Razy (célèbre youtubeur) et un micro-trottoir réalisé par les étudiantes. Après les réactions du public à ces vidéos, Lilian Thuram (après avoir introduit l’objectif de sa fondation) s’est attaché à répondre aux interrogations des étudiants.

Présent pour soutenir le projet des étudiantes de Descartes, Mr Thuram (et sa fondation) a parallèlement accepté de nous accorder de son temps, afin de réaliser une interview exclusive, pour vous Cartésiens.

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IUT Time : Avez vous déjà été victime de racisme au cours de votre carrière dans le foot ?

Lilian Thuram – J’ai effectivement déjà été victime de racisme au cours de ma carrière, notamment en Italie, où les supporters imitaient des bruits de singes lorsque les joueurs de couleur touchaient le ballon. À ce propos, je dis toujours qu’il s’agit ici de la forme de racisme la plus vulgaire. Il faut la dénoncer, mais également mettre en lumière le racisme que je qualifie souvent de racisme violent.

Par racisme violent, j’entends le racisme qui prône le fait que certains occupent une place mineure dans la société. Celui-ci peut s’illustrer, par exemple, par le refus d’octroyer à un individu certaines responsabilités, en raison de sa couleur ou de sa religion. Ce racisme là, bien que moins apparent, doit être mis en lumière autant que sa forme la plus vulgaire. »

Pensez-vous que davantage de sportifs comme vous devraient s’investir dans la lutte contre le racisme ?

Je reste persuadé que tout un chacun se doit de s’investir pour plus d’égalité dans la société. Cela vaut donc également pour les personnalités, qui bénéficient logiquement de plus d’influence, leur voix portant plus loin que celles des autres. Après, les inconnus doivent également travailler dans leur cercle, et tout cela commence par un travail sur soi-même.

Selon vous, comment les jeunes en général peuvent lutter contre le racisme ?

En premier lieu, il est nécessaire de se questionner sur ses préjugés. Alors seulement nous pourrons travailler à nous reconnaître comme un seul grand groupe. Cela passe par le dépassement du « conflit de loyauté « .

Un exemple significatif réside dans le résultat de la conférence à laquelle nous venons d’assister. En effet, 67% des étudiants dans la salle ne se considèrent pas comme français. J’explique cela par le fait que certains assimilent le fait se sentir complètement français à une coupure avec leur histoire familiale. Malheureusement, il faut comprendre que ce comportement valide le discours négatif de certains extrêmes, qui affirment que certains individus en France, ne sont pas « vraiment » Français. Les jeunes doivent en prendre conscience et sortir de ce conflit de loyauté. »

Pensez-vous qu’à l’instar de la NBA, qui organise notamment un « Martin Luther King Day », les ligues professionnelles de football devraient s’investir dans la lutte contre le racisme ?

La ligue professionnelle (française) le fait déjà, mais il y a toujours de la place pour des améliorations. Cependant, le monde du football est effectivement un peu timide sur le sujet ; il faudrait faire des choses encore plus visibles et plus fortes.

Vous êtes extrêmement actif dans les établissements scolaires, afin de sensibiliser les plus jeunes. Ressentez-vous une évolution de la perception des enfants après vos interventions ?

En général, oui. Tout est une question de représentation, puisque l’on est tous éduqués par notre famille. Il s’agit donc, au cours de mes interventions, d’amener les enfants à se questionner. Prenez mon intervention à l’IUT par exemple, je trouve très intéressant de discuter avec des étudiants afin de les faire réfléchir sur leurs convictions ; très souvent, ils reconnaissent ne pas avoir pensé de cette manière.

On a souvent tendance à s’enfermer en raison d’un conditionnement reçu via la famille. Il faut avoir le courage de questionner sa propre religion, par exemple. Afin de développer une certaine liberté, il est nécessaire de questionner le conditionnement de ses parents. Il faut parfois avoir le courage de désobéir, mais de désobéir par intelligence. Autrement dit, après réflexion, je peux penser à travers moi-même. Voilà. »

Votre fils, Marcus Thuram, évolue actuellement au FC Sochaux et ses performances en équipe de France jeunes attirent l’attention des experts. Quelle est votre approche quant à sa carrière, êtes vous très présent, en lui donnant de nombreux conseils et en le supervisant ; ou au contraire plus distant afin de le laisser vivre son histoire librement (tout en restant à sa disposition, bien sûr) ?

En premier lieu, j’essaie de faire le « papa » ! Un papa est présent tout en prenant garde à ne pas asphyxier son enfant non plus. Naturellement, il faut le laisser vivre sa vie, tout en échangeant afin de lui donner les outils nécessaires pour réussir. C’est ce que font les parents. Il faut être là quand il a besoin de nous. Comme j’ai également été joueur de foot, il peut s’appuyer sur moi lorsqu’il en ressent le besoin, et je réponds à ses interrogations avec plaisir.

Concernant l’affaire Serge Aurier, sur laquelle vous vous êtes exprimé récemment sur Europe 1, il semblerait que le PSG souhaite conserver son joueur en dépit du scandale. Vous pensez que le vestiaire acceptera cette décision sans broncher ?

Écoutez, je ne vois aucune raison que cela ne fonctionne pas. Après, je ne suis pas dans les vestiaires, mais dans l’absolu, je ne pense pas que cela pose de problème.

Envisagez-vous, un jour, une reconversion dans le domaine du football ?

Très honnêtement, pas du tout (rires).

 

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Crédits photos: Evelyne Kuoch

Bravo aux étudiantes de TC pour l’organisation de cet événement à l’IUT et merci encore à Lilian Thuram pour son intervention.

Pierre Aimond et Amina Tedjani.

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